L'école "Guizot"
Les " lois Guizot " sous Louis-Philippe.
Avant la classe décrite ci-dessus, le village de Saint-Pierre avait déjà été dotée d'une école. En effet, sous la monarchie de Louis-Philippe, le ministre Guizot fit voter en 1832-1833 des lois visant à créer une école dans tout village de plus de 500 habitants. Saint-Pierre en comptait alors 550 (la moitié aujourd'hui !). Cette loi resta trop souvent lettre morte, sauf en Albret où un sous-préfet courageux et volontaire s'employa à la faire appliquer : il est vrai qu'il s'agissait du baron Haussmann qui fit par la suite la carrière que l'on sait.
Les balbutiements de l'école.
Comme les bâtiments de 1833 existaient encore, Alain Paraillous a décidé en 1999 de reconstituer une " école Guizot ", ancêtre de l'école primaire Jules-Ferry : ouvertures parcimonieuses, pupitres d'élèves à trois, quatre et cinq places, bureau du maître surélevé comme une chaire... Au mur certificats d'études obtenus à l'âge de 12 ans.
Dans les vitrines on remarquera le prodigieux travail de calligraphie accompli par les élèves : il est vrai que les programmes pédagogiques d'alors étaient des plus sommaires. Les maîtres eux-mêmes avaient des connaissances limitées, et le savoir était moins vaste qu'aujourd'hui : un livre de géographie de 1839 montre la carte de l'Afrique, largement dominée par un espace blanc sur lequel on peut lire "Contrée inconnue ".
La cheminée rappelle qu'elle fut le moyen de chauffage des classes jusqu'à l'arrivée des poêles en fonte : celui qui est installé dans l'âtre est à bois, et chaque élève, chaque jour devait apporter sa bûche.
Sur les manteau de la cheminée figure un crucifix, car les écoles " Guizot " restaient en grande partie sous le contrôle du clergé.
Le traumatisme de la guerre de 70.
Enfin, la reconstitution de cette classe accorde une place particulière au traumatisme de la guerre de 1870. Un tableau allégorique représente le deuil de l'Alsace et de la Lorraine ; un livre d'histoire imprimé après la défaite montre l'instituteur devant la carte de France voilée à l'Est d'un crêpe noir. Ses propos incitent les élèves à prendre la revanche le jour venu. D'ailleurs, sur un autre panneau, on peut voir des fusils, factices ou vraies carabines : le maître d'école, sous couvert de l'Inspecteur d'Académie, était tenu d'entraîner les élèves au maniement des armes afin de les préparer à la revanche.

Ainsi se mettait en place la future et terrible guerre de 14-18 qui allait sonner le glas de la France rurale d'autrefois.